FSV-SWBV

Forum vitivinicole 2018 - Evolution du système de connaissances

Article du journal Agri - Alain-Xavier Wurst (30.11.2018)

Améliorer le transfert d’informations entre recherche appliquée et vignerons

Le forum viticole suisse, groupe d’intérêt qui permet aux représentants de toute la branche d’échanger de manière informelle sur les sujets qui concernent la profession à l’échelle confédérale, s’est réuni sous la présidence de Daniel Dufaux, mardi 27 novembre à Berne, pour sa session annuelle

La réorganisation d’Agroscope a fait l’objet d’une longue présentation. Le Conseil fédéral doit en effet se prononcer aujourd’hui même (ce vendredi) sur la solution privilégiée par la commission des finances du Conseil national et la direction d’Agroscope, à savoir la désignation de Posieux comme campus principal, Changins et Reckenholz comme centres de recherche et le maintien de plusieurs stations d’essai décentralisées à travers tout le pays. Pour la recherche viticole, cette réorganisation doit s’accompagner d’un renforcement des collaborations avec des institutions en Suisse (ETH, Weinbauzentrum...) et à l’étranger (INRA en France...), afin de diminuer les coûts mais toujours dans le but d’apporter des réponses concrètes et pratiques aux problèmes de la viticulture.

A ce sujet, la discussion centrale entre participants a porté sur le transfert des résultats de la recherche appliquée aux vignerons. Comment mieux informer, comment atteindre le plus efficacement possible ceux qui veulent se tourner vers des pratiques culturales plus écologiques et plus durables ? Avec de nombreux centres de compétences – Agroscope, Weinbauzentrum, FiBL, le réseau des HES, Agridea, etc... – œuvrant à la recherche et/ou au conseil et à la vulgarisation, et dont les missions se recoupent parfois, les vignerons risquent de ne plus savoir à qui s’adresser.

« Face au nouveau paysage agricole qui se dessine, entre digitalisation et attentes des consommateurs, nous devons pouvoir répondre de façon coordonnée et efficace aux demandes des praticiens, sans que l’information ne soit diluée par la multiplications des institutions » a relevé Olivier Viret, chef du centre de compétence vitivinicole et cultures spéciales du canton de Vaud, rappelant au passage les nombreuses collaborations réussies entre recherche appliquée et praticiens, tels que la production intégrée mise en place en 1995 avec Vitiswiss, les projets de cartographie des sols au niveau cantonal ou les services d’Agrométéo. « C’est surtout dans les domaines comme la biodiversité ou l’étude du sol que la distance entre recherche et praticiens est la plus grande » a souligné Christoph Carlen, directeur du département Systèmes de production Plantes d’Agroscope.

« On ne peut sait pas quantifier, au niveau de l’Interprofession, la baisse de revenus dans la viticulture suisse », a par ailleurs regreté Gilles Cornut, qui a lui aussi insisté sur une transmission des savoirs plus efficiente. « Nous devons avoir une meilleure coordination de la vulgarisation et transmettre rapidement les informations. Si ce n’est pas le cas, l’état global du vignoble et l’économie viticole suisse dans son ensemble en pâtiront » a-t-il prévenu, relevant que les vins suisses perdent des parts de marché.

Avec une sensibilité accrue des consommateurs pour les produits « verts » – Frédéric Borloz, président de la Fédération Suisse des Vignerons, a rappelé que la demande pour les produits bio et locaux a doublé en Suisse en 5 ans – et la confusion généralisée entretenue par les médias généralistes sur l’emploi des pesticides dans l’agriculture, la viticulture suisse doit impérativement mieux communiquer sur le coût économique que représente, pour les producteurs, des pratiques culturales plus durables. « Il faut que la profession reste unie et ne pas opposer le bio au conventionnel » a insisté Boris Keller, président de Vitiswiss, qui lancera à partir de janvier 2019 une plate-forme sur la mesure des résidus. Elle devrait permettre aux producteurs suisses d’assurer la qualité de leurs vins, avec une mesure de résidus phytosanitaires fiable et efficace. « Nous pourrons ainsi disposer d’informations crédibles et pertinentes dans un débat qui ne fait que commencer dans notre pays » a dit Johannes Rösti, directeur de la station viticole neuchâteloise.

A l’issue de cette journée, Dominique Maigre, vice-président du comité d’organisation du Congrès mondial de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin, a présenté ledit congrès, qui aura lieu à Genève en juillet 2019 et dont le thème principal portera justement sur la viticulture durable. Cet évènement, couplé à la Fête des Vignerons, devrait être aussi l’occasion de mettre en avant la qualité des vins suisses sur la scène internationale.