FSV-SWBV

Forum vitivinicole 2014

Avenir du vignoble en forte pente - Forum vitivinicole du 11.11.2014

La sauvegarde des vignobles en pente passera par une promotion spécifique

La réunion annuelle du forum vitivinicole suisse s’est tenue à Berne le 11 novembre 2014. Les organisations de producteurs, la recherche, la vulgarisation, la formation et l’administration se sont penchés cette année sur la situation et l’avenir des vignobles en forte pente. Les conclusions de cette journée plaident pour une promotion spécifique, par laquelle le consommateur pourra faire l’expérience unique de ce vignoble particulier. La complémentarité de mesures promotionnelles collectives et individuelles a aussi été jugée impérative.

Une large part de notre vignoble alpin est cultivé sur de fortes voire de très fortes pentes. Ces conditions topographiques particulières impliquent des coûts de production largement supérieurs à ceux des vignes cultivées en plaine ou sur des coteaux bien mécanisables. Ces coûts ne sont que rarement honorés par les prix du raisin et les producteurs souffrent d’une rentabilité insuffisante. En conséquence, les investissements pour maintenir et améliorer les installations, assurer les renouvellements et les nouvelles plantations ne sont plus réalisés. L’état de ces vignobles se péjore peu à peu. Si l’abandon de parcelles est encore marginal chez nous, les menaces s’accumulent.

Le cas européen est préoccupant

Un regard au-dessus de nos frontières apporté par le directeur du CERVIM, Gianluca Macchi, montre une situation nettement dégradée dans la plupart des vignobles européens de forte pente où de très larges surfaces n’y sont plus cultivées. Au niveau européen, ce vignoble représente environ 7% des surfaces viticoles et n’a jusqu’ici pas bénéficié d’une grande attention. L’OCM permet aux Etats de choisir dans un catalogue quels soutiens ils souhaitent proposer à leur viticulture. Seules certaines régions proposent des aides spécifiques conséquentes. A contrario, il est aussi réjouissant de constater que dans quelques appellations italiennes soucieuses de leur image, certaines entreprises vitivinicoles recommencent à cultiver le coteau.

Des aides fédérales jugées difficilement accessibles

En Suisse, la politique agricole propose plusieurs aides et crédits à l’investissement pour la culture du vignoble de forte pente. Cependant, en raison des structures d’exploitation particulières à ces vignobles, l’accès aux aides est très difficile voire impossible. En effet, pour raisons d’âge, de manque de formation agricole ou de surfaces trop petites, un grand nombre d’exploitants ne peuvent pas bénéficier de ces soutiens. Selon les chiffres de l’OFAG, seuls 3'720 ha sur les 15'000 ha de vigne en Suisse reçoivent des paiements directs à la pente, alors que la surface viticole en forte pente est nettement supérieure. Avec une politique volontariste, le canton du Valais a mis sur pieds un ambitieux programme pour la réfection des murs de pierres sèches. En collaboration avec les communes, il encourage la création de syndicats pour gérer la réfection de vignobles entiers. Seule la reconstruction de murs à base de pierres sèches provenant de la région et réalisée sans liant est soutenue financièrement. Grâce à cette organisation collective, tout le périmètre peut bénéficier des aides, sans restriction liée au statut des exploitants. Pour améliorer l’exploitation de ces surfaces, des dessertes sont créées et la gestion de l’eau (irrigation et évacuation) planifiée simultanément à la réalisation de ces travaux.

Communication et promotion doivent être spécifiques

Ni les mesures structurelles, ni les évolutions des techniques de production développées et diffusées par la recherche et la vulgarisation ne permettront de produire des vins à des conditions économiquement similaires à celles prévalant en plaine ou en pentes douces. Les vins issus de ces vignobles doivent donc pouvoir être vendus à des prix qui permettent de rémunérer correctement tous les échelons de la production. Dans ce contexte, une valorisation spécifique de l’image positive dont bénéficient ces vins est indispensable. A Lavaux, le développement touristique n’est pas gage de prospérité pour la viticulture. Depuis son inscription comme «paysage naturel vivant» au patrimoine de l’UNESCO, le nombre de touristes a certes augmenté mais le prix du raisin a lui diminué. L’exemple des Cinque Terre en Ligurie, où l’afflux touristique a été accompagné d’un abandon quasi-total de la viticulture, montre que des mesures spécifiques doivent être entreprises pour que ces régions puissent bénéficier de la présence de consommateurs potentiels. C’est pourquoi le canton de Vaud a décidé de soutenir l’oenotourisme. Ce type de projets doit favoriser l’augmentation de la consommation de vin local au travers d’expériences uniques. Le client doit être amené à faire une expérience physique de la pente, qui le marque plus durablement que la seule contemplation du paysage. Le témoignage d’une entreprise vitivinicole expérimentée dans la promotion de la viticulture en conditions difficiles a montré qu’avec une stratégie cohérente et la création d’une relation solide et durable entre producteur, vin et consommateur, il est possible de fidéliser les clients.

Indispensable: la combinaison de mesures collectives et individuelles

Pour que les vignobles de forte pente se maintiennent, il est indispensable qu’ils s’assurent d’une rentabilité suffisante, autorisant des investissements adaptés à leur promotion spécifique. Des soutiens publics existent, mais leurs accès restent difficiles et leurs effets inopérants à long terme s’ils ne peuvent être accompagnés d’initiatives individuelles. La combinaison entre actions individuelles et collectives est donc à plébisciter. Ces actions seraient grandement favorisées par l’échange d’expériences. Enfin, les solutions doivent tenir compte des besoins spécifiques des régions et de leurs particularités socioculturelles.