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Wyschiff, vitrine flottante pour les vins suisses de qualité

  • Dimanche 01 février 2015
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Texte: Eva Zwahlen, Photos: Hans-Peter Siffert
Déjà entendu parler d’un Wyschiff? Ce salon du vin (Wy) sur l’eau (Schiff = bateau)? Non? Imaginez alors une vague de nectars triés sur le volet déferlant sur les rivages de 5 villes suisses alémaniques pour embarquer les consommateurs.

Rien à voir avec l’animation d’une soirée fondue alcoolisée… Celui qui s’attend à une chaude ambiance de fête populaire sera déçu. Amarré au quai de Thoune, le MS Berner Oberland dresse une silhouette imposante et silencieuse: «C’est le plus beau des Wyschiffe, souffle un des exposants, mais il ne faut pas le dire, car ça pourrait vexer les autres!»

Objectif contacts

Le visiteur qui monte à bord d’un Wyschiff reçoit un accueil personnel, un verre de dégustation ainsi que des conseils et indications s’il le souhaite. L’atmosphère est agréablement tranquille et concentrée, les stands arrangés avec goût, parés de très chics crachoirs noirs. Jamais vu de clients saouls sur un Wyschiff, nous répète-t-on à chaque stand. Il y a de l’espace, ce qui permet à chaque visiteur de déguster et de discuter tranquillement avec les producteurs. La possibilité de parler avec ces vignerons-encaveurs indépendants (la plupart des exposants) constitue le nec plus ultra de cette initiative, la base de son concept. Car c’est de cela qu’il s’agit: de la prise de contact entre producteurs et consommateurs. Et les vignerons doivent absolument être là en personne.

Tous dans le même bateau

Le premier visage connu qui nous apparaît est celui de Jean-Daniel Porta d’Aran. C’est la quatrième fois qu’il vient à Thoune, mais il présente aussi ses vins sur les Wyschiff de Lucerne et Bâle. «Il ne faut pas se faire d’illusions, dit-il, c’est un gros effort, surtout en temps, mais à long terme, ça en vaut la peine. Nous devons reconquérir nos clients suisses alémaniques et toucher les jeunes.» A entendre Jean-Daniel Porta, ça marche. Sur le Wyschiff de Lucerne, le Vaudois a fait la connaissance d’un groupe d’amateurs de vins qui par la suite sont venus le trouver dans son domaine à Lavaux.

«Il faut du souffle et de la patience», explique Willy Deladoey, président ad intérim de la Fédération suisse des vignerons et producteur à Bex (domaine Le Luissalet qui a un pied dans le canton de Vaud et un autre en Valais). «La première année, les visiteurs passent devant les stands en regardant sans s’arrêter. La deuxième, ils dégustent les vins, et la troisième, ils passent commande… » Willy Deladoey reste malgré tout convaincu par le concept. Car l’urgence est là, il faut agir. «Il y a une heure, des jeunes sont montés sur le bateau, et quand ils ont compris qu’il n’y avait que des vins suisses, ils sont immédiatement repartis…» Et de déplorer que, trop souvent, en Suisse, on ne soit pas assez fier de ce que l’on produit. Dans cette perspective, le Wyschiff offre une belle opportunité pour démontrer le niveau de qualité des vins suisses aussi bien aux restaurateurs qu’aux privés. «Beaucoup de restaurants préfèrent avoir le même fournisseur pour toutes les boissons, regrette-t-il. Nous ne pouvons pas offrir ce service!» Il se dit également très heureux des liens qui se tissent à cette occasion entre les producteurs, ces amitiés créées, l’ouverture réciproque, la cohésion qui se construit: «Il est important que nous collaborions, nous sommes tous dans le même bateau…»

Le Wyschiff est un lieu idéal pour nouer des contacts. C’est exactement ce qui plaît à Barbara et Peter Marbet, un couple de Bâlois qui passent leurs vacances à Thoune. «Nous accordons une grande importance aux relations personnelles avec les producteurs, déclarent-ils, nous voulons connaître l’histoire du vin et aimons associer celui-ci à de bons moments et à de belles rencontres lorsque nous le buvons.»

La reconquête

Mais où se trouve le président - plutôt le capitaine - des Wyschiffe, l’affable Jean-Pierre Cavin au look dandy? Nous le trouvons au stand des Artisans Vignerons d’Yvorne, qu’il représente. «Nous formons ici une grande famille de 37 vignerons», dit-il avec chaleur. L’aventure a commencé douze ans plus tôt à Bâle, mais Monsieur le Président que seconde Stephan Schnotz, secrétaire de l’association, n’est pas fatigué du tout: «Il y a encore beaucoup de lacs où un Wyschiff serait le bienvenu, les lacs de Morat, de Bienne, de Constance, le lac Léman… » Le but de toute l’action? La reconquête par les Romands de leur clientèle suisse alémanique. «Personne ne met en doute le diagnostic: les Suisses alémaniques ne viennent plus chez nous acheter nos crus. Par conséquent, il faut que nous allions chez eux.» A noter que sur la liste des exposants, on trouve aussi un ou deux producteurs d’outre-Sarine ou du Tessin. Et qu’il y a une liste d’attente pour les 5 Wyschiffe (Rapperswil, Lucerne, Bâle, Thoune et Zoug).

Parmi les sponsors les plus importants, on trouve depuis peu Swiss Wine Promotion. A juste titre puisque ces salons sur l’eau sont autant de vitrines magnifiques de la variété et de la richesse de notre vitiviniculture. «A Zoug où vivent beaucoup d’expatriés, les gens sont enthousiastes quand ils découvrent nos spécialités suisses», raconte fièrement Jean-Pierre Cavin.

Le client roi

Si chaque exposant invite ses clients, des affiches, des annonces dans les journaux ou des spots publicitaires dans les radios locales signalent que le Wyschiff posera bientôt l’ancre. «Grâce aux médias sociaux comme Facebook, nous arrivons aussi à toucher les jeunes, ce qui est très important pour nous», souligne Jean-Pierre Cavin. L’afflux des visiteurs ici à Thoune reste contenu mais «le moins est le mieux, car ce qui nous intéresse, c’est la qualité, celle des vins comme celle des visiteurs. Nos hôtes sont des connaisseurs, soit exactement ceux que nous recherchons.» Les jeunes viennent en bon nombre. Peu experts, ils se montrent curieux et ouverts. «Nous voulons les sensibiliser aux vins suisses, leur raconter l’histoire qu’il y a derrière chaque vin, chaque producteur», explique Ernst Bron. Responsable pour Swiss Wine Production de l’accueil des visiteurs, il guide ceux-ci dans les mystères de la dégustation.

Devant le stand du jeune couple de vignerons Marylène et Louis Bovard-Chervet du Château de Praz dans le Vully, se presse tout un groupe de jeunes. «Nous sommes présents à Thoune depuis le début», raconte Marylène, qui de cette manière a bâti un solide réseau de relations: «De nombreux clients dont on a fait ici connaissance viennent nous voir au domaine.» La jeune œnologue apprécie l’échange. «C’est grâce à leurs commentaires que nous avons changé nos vieilles étiquettes, elles sont bien mieux maintenant!»

Vitrine du vin suisse

Jean-François Chevalley de Lavaux est un fan du Wyschiff de la première heure; depuis huit ans, à l’exception de celui de Bâle, il n’a manqué aucun des bateaux des quatre autres villes. A son avis, «le Wyschiff transmet une image très positive du vin suisse». La sélection des producteurs, la qualité de leurs vins, tout cela joue parfaitement. «Ce n’est pas son petit vin à soi qui est au centre, mais le vin suisse dans sa globalité, dit-il, le visage éclairé d’un sourire malicieux. Nous jouissons des contacts amicaux avec les autres vignerons qui deviennent dès lors des collègues plutôt que des concurrents. Le soir, nous allons en général manger ensemble, ensuite on boit un verre et on dort comme un bébé!» Sans aucun doute dans la conscience apaisante que le Wyschiff « tiens bon la vague et tiens bon le vent (hisse et ho, Santiano !)», comme le chante Hugues Aufray.

www.wyschiff.ch