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Vevey accueille aussi une Fête des Vigneronnes

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Sophie Marenne

Une table ronde se penchera demain sur ces femmes qui, si elles ont toujours été présentes dans les vignobles, sont souvent demeurées dans l'ombre des hommes.

Véritable concentré de traditions du terroir, 25 jours de fête feront vibrer Vevey cet été. Jusqu'à 500.000 bouteilles de vin seront écoulées durant la Fête des Vignerons. Cet évènement unique n'a lieu qu'une fois par génération et célèbre les hommes qui cultivent la vigne. Et les femmes quelle est leur place dans ce paysage? La Fête des Vigneronnes, organisée demain dans la cité veveysanne, tâchera de répondre à cette question en se penchant sur la féminisation de l'univers viti-vinicole.

Petite révolution en 2008

«La Confrérie des Vignerons qui organise la célébration, est une institution qui remonte à la fin du Moyen Âge. Elle n'admet des femmes dans ses rangs que depuis 2008», souligne Isabelle Raboud, qui est ethnologue et directrice du Musée gruérien de Bulle. Auparavant, cet organisme ne regroupait que des propriétaires, fils ou descendants de vignerons, tous masculins. Aujourd'hui, les femmes - épouses, filles et descendantes de confrères - peuvent prétendre au titre de consoeur. «Ce changement est très récent au regard de l'évolution de la société, par rapport au droit de vote par exemple. Ce sera l'une des questions dont nous débattrons: pourquoi cette ouverture a-t-elle tant tardé?»

Dichotomie agricole

Selon celle qui a aussi créé et dirigé le Musée valaisan de la vigne et du vin à Sierre-Salgesch, les différences historiques liées au genre dans la vigne sont semblables à celles que l'on retrouvait dans le reste du monde agricole traditionnel. «Jusqu'à la fin du XXe siècle, la taille était habituellement une activité réservée aux hommes. De même que la vinification. Le travail de la feuille était quant à lui considéré comme féminin.» Cette segmentation n'est plus pertinente aujourd'hui, grâce à l'émergence de vigneronnes dont la proportion est en augmentation. «Une femme à la tête d'un domaine, cela ne surprend plus. Pourtant, cela n'a pas toujours été évident pour ces entrepreneuses. Elles ont toutes entendu, il y a quelques années, qu'elles n'étaient pas capables de tailler ou bien de gérer un vignoble», commente -telle. La mécanisation a aidé à cette évolution, en diminuant l'importance de la force physique. Si le monde du vin a mué, certains stéréotypes perdurent. Attention sur l'écologie, sensibilité par rapport à l'éthique, modération dans la consommation de l'alcool, subtilité dans la dégustation sont autant de qualités attribuées aux viticultrices. «L'image du milieu se transforme. Certains considèrent que c'est une féminisation alors que ces changements sont peut-être simplement symptomatiques de l'évolution de la société.»

Les femmes à la fête

Selon le metteur en scène de la Fête 2019, Daniele Finzi Pasca, il est «normal et évident d'intégrer les femmes» Isabelle Raboud interroge: »Quel y sera leur rôle? Des femmes ont toujours participé à cet évènement, par exemple au sein du cortège des Armaillis en 1819. Par contre, selon les principes moraux et légaux de l'époque, certains rôles leur étaient interdits et joués par des hommes travestis», raconte -t -elle. La dichotomie hommes-femmes est cependant très présente dans la célébration, dans son côté amoureux et bucolique »Un volet qui ne manquera pas à l'édition de cette année. Les Effeuilleuses, dont la fonction est d'enlever les vieilles feuilles de la vigne, porteront ainsi un costume de paysanne vaudoise qui découvre des frous-frous de French Cancan. Quel symbole!» Si Daniele Finzi Pasca a choisi de mettre en lumière beaucoup de figures féminines, Isabelle Raboud est tout de même sceptique sur l'image que ces figurantes renverront. Membre du Conseil de la Confrérie, elle modèrera la soirée demain.

Une animation contre le sexisme

La Fête des Vigneronnes réunira plusieurs spécialistes du milieu. Corinne Buttet vigneronne-tâcheronne; Sabine Carruzzo, secrétaire générale de la Confrérie des Vignerons; Marie-Thérèse Chappaz, oenologue; Valérie Cossy, professeure en études genre et AnneCatherine Ruchonnet, première experte viticole mandatée par la Confrérie. Gratuite et accessible à tous, la table ronde se clôturera par une dégustation des vins de Corinne Buttet du domaine des Allours et Cure d'Attalens, à Chardonne, et Marie-Thérèse Chappaz du domaine éponyme de Fully. La Bibliothèque municipale de Vevey organise annuellement une animation pour la Journée internationale des droits des femmes. En 2018, le rendez-vous s'était intéressé au sexisme dans la culture numérique avec le témoignage de youtubeuses et de créatrices de jeu vidéo. En 2017, le thème était celui de l'évolution des représentations de la maternité, depuis les années 1950. La ville étant chamboulée par le spectacle viticole estival, le sujet s'est rapidement imposé.

«LA CONFRÉRIE DES VIGNERONS EST UNE INSTITUTION QUI REMONTE AU MOYEN ÂGE. ELLE N'ADMET
DES FEMMES DANS SES RANGS QUE DEPUIS 2008.»

«Notre idée est d'engager un dialogue sur le rôle des femmes lors de cette célébration exceptionnelle qui n'a lieu que cinq fois par siècle», indique Yan Buchs, directeur de l'établissement. Pour des raisons d'agenda, c'est la date du 6 et non du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, qui a été retenue. Une audience d'une cinquantaine de personnes est attendue, un public important à l'échelle de la dynamique bibliothèque. La structure accueille 50.000 visiteurs par an. Elle a organisé 140 rendez-vous en 2018: des sessions de bricolage, des concerts, des ateliers sur le jeu vidéo ou encore des conférences.