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Un roi des vignerons en symbole d’une jeunesse dorée

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Cédric Jotterand
A Morges, la Nuit des épouvantails va couronner Jérémie Rossier, 27 ans, qui incarne le renouveau permanent du lieu de production.

À Morges, on a beau être roi, on ne chôme pas. Alors qu’il sera couronné ce samedi soir par la présidente du Conseil d’État, Jérémie Rossier n’en avait pas fini avec les vendanges et le raisin à récolter à quelques heures de son sacre. «Je serai à la vigne le plus longtemps possible car le travail est intense ces jours-ci», sourit le jeune vigneron de Lavigny désigné par ses pairs comme «le meilleur d’entre nous». «C’est un honneur auquel je ne m’attendais pas du tout, surtout aussi vite. Je suis d’un naturel réservé, mais cela me touche énormément. Je le vois aussi comme un signal fort qui m’encourage à m’investir encore plus dans ce métier. Il paraît qu’il faut vivre cette journée intensément, car elle n’arrive qu’une fois…»

Légende sortie du chapeau il y a vingt ans pour remplacer la défunte Fête des vendanges et continuer à offrir une fenêtre promotionnelle à l’Association des Vins de Morges, et donc à la gloire des siens, la Nuit des épouvantails est avant tout une journée «de bringue». Mais entre le marché, les cortèges et le spectacle pyrotechnique, le couronnement du roi de la profession est bien plus qu’une scène de folklore. «Tous les deux ans, ce moment privilégié qui nous est réservé par les organisateurs permet de saluer un «ancêtre» qui a beaucoup donné ou de mettre en avant la relève», résume Félix Pernet, placide président des Vins de Morges qui veille sur une «bande de jeunes» dont la tête dépasse des parchets dans presque tous les domaines viticoles. Qu’on parle aujourd’hui des Rossier, Cruchon, Duruz, Perey, tous ont réussi à ne pas laisser leurs enfants – souvent des femmes d’ailleurs – croupir à l’ombre du carnotzet et de leur patronyme. «Les parents leur ont transmis le goût de s’engager, pour leur entreprise mais aussi pour la cause, note Félix Pernet. Jérémie Rossier est de cette trempe, plein d’idées, toujours prêt à s’impliquer dans nos manifestations et investi dans la commission qui assure la promotion de notre vin phare, le Servagnin. Il cumule toutes les qualités.»

Des forces vives

Intégrer la relève, c’est assurément le tour de force réalisé par le lieu de production, au contraire des nombreuses associations qui se désolent de ne jamais la voir rappliquer aux assemblées. «Quand vous avez 25 ans et qu’on vous propose de rejoindre en désespoir de cause un comité qui a 70 ans de moyenne d’âge, ce n’est pas motivant. Aux Vins de Morges, les jeunes savent qu’ils doivent bosser, mais qu’ils auront leur mot à dire», glisse un fin connaisseur. Et ceux-ci ne sont pas du tout des novices mais de réelles forces vives, la plupart pouvant se targuer «de CV de ministres» après avoir œuvré dans les manifestations de jeunesses et des comités liés à leur métier. «C’est vraiment beau de les voir», s’enthousiasmait celui qu’on présente comme leur père spirituel, Raoul Cruchon, lors de la récente révélation du lauréat dans les vignes de Denens. «Il y a une dynamique, de nouvelles idées, des gens qui aiment leur métier et qui vont sans doute le faire évoluer.»