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Un Anglais analyse la perception des vins suisses par les expatriés

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Agri – Dossier / Viti-oeno
Fitting Wines Simon Hardy

Les spécificités du vignoble suisse ne sont pas toujours simples à comprendre pour les étrangers. Un expert en vins britannique partage ses observations.

Différentes mesures sont prises pour mettre les vins suisses sur la carte mondiale. Conduite de manière ciblée, la conquête des marchés étrangers se fait pas à pas. Les chiffres en témoignent. En parallèle, il y a le marché de la communauté internationale en Suisse. Quelles sont les observations provenant de ce segment? Simon Hardy, expert en vins diplômé du Wine & Spirit Education Trust, installé dans le canton de Vaud, partage ses observations. La perception des consommateurs expatriés et son origine: une question complexe.

Depuis 2010, Simon Hardy est aux commandes de Fitting Wines. Ponctuellement, sa PME organise des dégustations de vins suisses à Londres, sa ville natale. Le cœur de son activité se déroule sur le sol helvétique. Il y épaule des amateurs de vins. Fondé sur le profil gustatif d’un client, l’entrepreneur déniche des producteurs et constitue des caves sur mesure. Les 90% de sa clientèle sont des internationaux. Ils ont déjà une prédilection pour certains cépages et des régions de préférence clairement stipulées. Force est de constater que ces œnophiles n’associent pas spontanément le pays d’accueil à leur passion. «Outre-Manche et à Lausanne, la mention des spécificités du vignoble suisse provoque souvent une même réaction: l’étonnement. A l’heure actuelle, la cause n’est ni un manque de qualité, ni un déséquilibre du rapport qualité-prix. Dès qu’on entre dans le moyen et le haut de gamme, les bouteilles suisses sont même concurrentielles», explique l’entrepreneur anglais. Cette ombre au tableau découle plutôt de la complexité de l’univers viticole.

La diversification, aubaine et infortune 

Swiss Wine recense près de 240 cépages. La diversité est le maître mot. Le fruit de la récolte permet de répondre aux attentes de tout un chacun. Pour satisfaire le marché intérieur, un tel éventail gustatif n’est pas dépourvu de sens. De surcroît, les vignobles suisses se démarquent par des variétés indigènes et uniques. A titre d’exemples: le Chasselas pour le canton de Vaud, la Petite Arvine pour le Valais. Une aubaine? Pas forcément. Cette richesse entrave à l’articulation d’ADN régionaux linéaires. «L’association entre un terroir et un bouquet spécifique est l’épine dorsale du commerce viticole. Quand la marque de fabrique s’appuie sur la diversité gustative, il est difficile de se faire une place dans la connaissance collective des amateurs.» Par ailleurs, le vaste choix se répercute sur la quantité disponible. «L’exclusivité de cuvées défavorise la consolidation d’une image. Elle freine même sa création. Certains cavistes redoutent ne pas pouvoir honorer les commandes des clients. La rareté entrave paradoxalement l’augmentation de la notoriété», observe Simon Hardy.

Plus qu’une boisson

Davantage qu’un simple commerce de boissons, l’industrie viticole est aussi la découverte d’une région. Dans le cadre de ses activités, Simon a visité des vignobles aux quatre coins du monde. Partout ce métier de bouche entretient un lien étroit avec le terroir. L’expert annote toutefois l’ancrage particulièrement solide de la viticulture dans le tissu social helvétique ainsi que la nature locale de l’économie viticole. «Pour beaucoup d’expatriés, le fait de connaître personnellement un vigneron, de venir aux caveaux pour des dégustations change indéniablement la donne. L’expérience conviviale donne une plus-value aux produits de qualité. Elle séduit davantage et per- met à long terme de muscler l’image de la Suisse comme pays viticole. Dans cette optique, le développement de l’œnotourisme est un des moyens par excellence pour créer un lien durable avec l’œnophile.»

En somme, les atouts et les inconvénients du secteur vont main dans la main. «Moyennant une bonne introduction et un esprit curieux, les particularités et la richesse des cépages peuvent séduire», conclut-il.

 

Photo: Simon Hardy, fondateur de Fitting Wines © Agri – Dossier / Viti-oeno