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Trop de médailles tuent les médailles

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David Moginier
Le vin est autant une industrie qu’un art, et il est tout aussi difficile pour les vignerons de percer dans l’une que dans l’autre tant la concurrence est rude.

Le petit encaveur a peut-être une clientèle fidèle qui se fournit directement à la cave. Mais deux tiers des vins se vendent en supermarché, alignés dans des rayons interminables où le consommateur n’a que peu d’indices pour faire son choix.

Il y a bien sûr les appellations prestigieuses ou les marques reconnues qui peuvent l’aider. Il y a aussi, évidemment, le critère du prix de vente qui reste un facteur décisif majeur. Et il y a enfin ces médailles de concours vinicoles qui parent d’or ou d’argent des flacons pour les faire clignoter devant les yeux des acheteurs potentiels.

Quel que soit le sérieux de leurs organisateurs, les concours sont eux-mêmes un marché. Le vigneron y paie une taxe d’entrée pour chacun des échantillons qu’il envoie, et il espère un retour de visibilité. On retrouve donc souvent parmi les candidats au Mondial de Bruxelles ou aux Vinalies françaises, par exemple, des caves à la stratégie marketing à la hauteur de leurs moyens.

L’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIVV) a limité le pourcentage de médailles attribuées – 10% d’or, 20% d’argent – pour combattre une tendance «École des fans». Extraordinaire hasard, les concours atteignent toujours ces maxima, chaque année. À force de dégustations plus ou moins sérieuses, à force de médailles distribuées généreusement, le système atteint ses limites. Et la visibilité se perd, même pour des compétitions aussi respectables que le Mondial du chasselas. Ce dernier publiera ce vendredi ses résultats et délivrera certainement une huitantaine de médailles d’or – et le double d’argent – parmi les 819 candidats.

Les organisateurs mondiaux ont redoublé d’imagination en lançant des médailles Grand Or plus exclusives, des premiers prix de catégorie, des distinctions Master of Wine. Mais rien n’y fait: trop de médailles tuent les médailles. L’OIVV devrait faire le ménage en ses rangs, limiter concours et récompenses, pour redonner du lustre à des vins qui le méritent bien.