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Raisin à l'abandon dans les vignes: «Il faut boire local»

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Yannick Weber

Des internautes s'insurgent de voir des grappes abandonnées au pied des vignes vaudoises alors que du raisin français est vendu dans les supermarchés.

La photo a rapidement circulé sur les réseaux sociaux: dans une vigne vaudoise, des grappes entières, alignées au sol au pied des ceps et laissées à l'abandon. De nombreux internautes ont partagé leur incompréhension ou se sont insurgés, alors qu'en parallèle était partagée en masse une publication montrant un supermarché proposer, au rabais, des grappes de chasselas importé de France. «Pourquoi ce raisin est-il laissé là à pourrir?» «Pourquoi importer du raisin français alors que nos vignerons en ont trop?» se demandent-ils.

Les réponses se trouvent en partie dans le comportement de ceux-là même qui posent les questions. Les consommateurs achètent de moins en moins de vins vaudois. Pour réguler le marché et éviter un effondrement des prix, des quotas de production maximale sont fixés chaque année et, en 2019, la production les a parfois dépassés. «Voir ce raisin au sol, ça ne devrait pas choquer les gens, regrette François Montet, président de la Fédération vaudoise des vignerons. Les grappes sont coupées et posées au sol d'une part pour éviter qu'elles pourrissent et risquent une contamination, et d'autre part pour que personne ne vienne se servir et en faire un marché parallèle», explique François Montet.

La solution: boire ici du vin d'ici

Face à une production trop forte, les vignerons sélectionnent une parcelle moins favorable et procèdent à cette pratique en respect de la loi et des quotas, d'où l'impression d'un gaspillage alors que, sur l'entier d'un domaine, les quantités peuvent en réalité être faibles. Quant à la possibilité de vendre aux supermarchés afin que ceux-ci n'aient plus recours à l'importation, le vigneron n'y croit pas. «La préparation de raisin de table, c'est tout un boulot. Il faudrait qu'il soit esthétiquement parfait pour que les consommateurs l'achètent, et après la récolte, le laps de temps avant qu'il soit impropre à la consommation est hyper court, de l'ordre de 7 à 10 jours», précise-t-il. 

Certains vignerons parviennent à proposer, localement, du raisin produit en trop à leur entourage ou dans de petits commerces. «Mais ce n'est pas ça qui changera le volume de raisin qui restera par terre. Si on ne veut plus voir ça à l'avenir, il faut que les consommateurs privilégient les vins suisses, c'est le plus beau geste qu'ils puissent faire», affirme François Montet.

 

Doper la demande

L'Office des vins vaudois s'est réjoui la semaine dernière de la vendange vaudoise de cette année. La production devrait atteindre 27 millions de litres, dont 72% de vin blanc et 28% de rouge. Le chiffre est en baisse de 10% par rapport à 2018. Pour éviter les surplus de production, une plus forte publicité, notamment en Suisse allemande, est souhaitée par certains vignerons, plutôt que de favoriser une baisse de la production. D'autant que «l'excellente qualité des raisins laisse augurer d'un millésime bien équilibré», estime l'Office des vins vaudois.