Actualités

Nouvel élan pour le jus de la treille

Source /
Sophie Dupont
Michel Rochat, directeur de l’Ecole hôtelière de Lausanne, prendra la tête de l'OFfice des vins vaudois. L’agitateur du monde viticole Pierre Keller doit quitter la présidence de l’Office des vins vaudois (OVV). Agé de plus de 70 ans, il a atteint la limite d’âge pour être reconduit à la présidence de l’organe de promotion du canton pour un mandat de 5 ans. Il sera remplacé dès le 1er janvier 2019 par Michel Rochat, directeur de l’Ecole hôtelière de Lausanne.

C’est au caveau des vignerons de Chardonne que le conseiller d’Etat Philippe Leuba a vanté «l’excellence» du profil de la nouvelle figure de proue de l’OVV: «L’Ecole hôtelière a formé une centaine de milliers d’étudiants et ce réseau va être mis à disposition des vins vaudois. C’est incroyable en termes de rayonnement.» Son entrée en fonction sera précédée d’un changement de directeur. Nicolas Joss cédera sa place à Benjamin Gehrig en mars prochain.

Quant à Michel Rochat, il conservera la direction de l’Ecole hôtelière en parallèle à son mandat à l’OVV. Y voit-il des risques de conflits d’intérêts? «A priori non, nous n’avons pas directement affaire avec le milieu agricole. S’il doit y en avoir, je me récuserai», répond-il.

De Zurich à Singapour

A l’OVV, il compte mettre à profit son réseau pour promouvoir les vins vaudois outre-Sarine. «Dans des villes comme Zurich, où les gens boivent plutôt du vin italien, il y a un vrai marché», relève-t-il.

La consommation annuelle de vin en Suisse, tout de même quarante bouteilles par habitant, ne cesse de diminuer (–3,8% en 2016). Les vins importés représentent deux tiers de la consommation. Pour faire face à la concurrence, Michel Rochat veut valoriser la typicité du produit et son histoire. En parallèle, il poursuivra la conquête des marchés asiatiques, initiée par Pierre Keller. «Les marchés émergents sont intéressants. Singapour, par exemple, en tant que hub régional», poursuit-il.

Pas de rupture annoncée donc avec la ligne de Pierre Keller, dont la plus grande fierté est d’avoir mis le chasselas sur des grandes tables du Japon. «Trente-cinq restaurants servent du vin vaudois, qui se marie parfaitement avec la cuisine japonaise», souligne-t-il. L’ancien directeur de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL), à la tête de l’OVV depuis 2011, emmenait chaque année au Japon une sélection de producteurs triés sur le volet pour promouvoir le breuvage vaudois. L’opération était financée par un partenariat avec l’horloger Hublot.

La politique de promotion de Pierre Keller avait fait grincer quelques dents parmi les vignerons et jusqu’à la commission de gestion du Grand Conseil qui, en 2015, pointait du doigt l’OVV pour sa communication. On doit à Pierre Keller le slogan «le monde s’incline devant les vins vaudois». Certains producteurs n’ont pas apprécié le côté élitiste du président de l’OVV, totalement assumé.

Vignerons à «brusquer»

«C’est en ayant un produit d’excellence qu’on arrive à faire boire du vin», assène Pierre Keller. Aujourd’hui, il considère qu’il aurait dû être «encore plus terrible» avec les vignerons: «Ils font un travail merveilleux, mais il faut les brusquer pour les convaincre d’imposer leurs produits.» Philippe Leuba lui est aujourd’hui reconnaissant d’avoir «dépoussiéré la promotion des vins vaudois».

La Fédération vaudoise des vignerons (FVV) salue la nomination de Michel Rochat et fonde ses espoirs sur l’ouverture de nouveaux marchés en Suisse alémanique. «La clientèle a évolué. Le temps où elle venait à nous et chargeait son coffre de cartons de vins est révolu, c’est à nous d’aller vers elle», note Jean-Daniel Porta, vigneron de Villette, membre du comité de la FVV.

Les vignerons saluent le travail de l’OVV, notamment dans l’organisation des caves ouvertes, qui leur permettent de nouer des contacts directs avec les consommateurs et attirent une clientèle jeune. Ils ne sont par contre pas unanimes sur la promotion des vins à l’étranger.

Aussi à l’échelle locale

S’ils la trouvent intéressante pour la crédibilité du produit, ils estiment qu’elle ne doit pas prendre le pas sur la promotion locale. Et certains jugent qu’elle profite uniquement à une frange élitiste des vignerons. «Quand on voit que des restaurants locaux ne promeuvent pas le vin vaudois, on se dit qu’il y a déjà un gros travail à faire chez nous», note Jean-Marc Badoux, vigneron à Bourg-en-Lavaux.