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L'été chaud répare un peu les dégâts du gel

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Antoine Grosjean
La météo de cet été a permis à la vigne de repousser, mais les rendements seront faibles. Après le gel, la canicule. Cette année, le mercure est passé d'un extrême à l'autre en à peine quelques semaines. L'été très chaud et ensoleillé que nous avons connu jusque-là a été le bienvenu chez les agriculteurs genevois, puisqu'il a permis de compenser en partie le mal fait aux cultures par le coup de gel de ce printemps.

Pourtant, on pouvait craindre le pire, rappelle Nicolas Courtois, technicien à AgriGenève: «Depuis l'automne, nous avions eu des conditions météorologiques très atypiques.» L'hiver a été très sec, avec des mois de février et de mars anormalement chauds, ce qui a favorisé un développement précoce des plantes. Là-dessus est survenu ce violent retour du froid, accompagné d'humidité, qui a causé le gel ravageur de la fin du mois d'avril. Mais grâce à la belle météo qui a suivi, le bilan pourrait finalement être meilleur qu'on le pensait, notamment dans le vignoble. «Sur les vignes dont les rameaux ont gelé, les bourgeons ont donné de nouveaux rameaux. Ceux-ci ne portent pas de fruits, ou très peu, mais ils seront utiles pour la taille de l'hiver prochain et pour la fructification du millésime 2018», explique le chef du Service cantonal de l'agronomie, Alexandre de Montmollin.

«Il y a eu des miracles!»

Cette repousse en a surpris certains: «Il y a eu des miracles! Nous pensions que tous les rameaux étaient déjà sortis quand le gel est arrivé, et que les vignes touchées ne donneraient plus rien», confie le vigneron de Satigny Willy Cretegny, membre du comité de l'Interprofession du vignoble et des vins de Genève. Alexandre de Montmollin estime que, dans les vignes où le gela frappé, le peu de raisin qui a malgré tout poussé devrait avoir entre quinze et vingt jours de retard dans sa maturation. Quant aux rendements, on ignore encore dans quelle mesure ils seront impactés. Suisse Grêle, l'assureur qui couvre les dégâts causés par les intempéries, mène actuellement des expertises afin d'évaluer les pertes de récoltes et de déterminer quels cépages ont le plus souffert. Viticultrice à Dardagny, Emilienne Hutin avait vu les trois quarts de son domaine geler. Elle estime que le rendement sera extrêmement bas sur les parcelles les plus touchées: «Par endroits, nous n'aurons probablement que 10% du raisin que nous produisons habituellement. Ailleurs, ce sera peut-être 50% au mieux.» Selon elle, le chardonnay, la syrah, le viognier ou le gamaret ont mal supporté le gel, alors que les dégâts sont moindres sur les cépages plus tardifs, dont les bourgeons n'étaient pas encore sortis à ce moment-là, comme le merlot, le gamay ou le cabernet.

Vendanges précoces

Sa voisine Sophie Dugerdil a aussi eu l'une de ses parcelles entièrement gelée. «Celle-ci ne donnera que le quart de sa production habituelle, estime-t-elle. Comme on dit, ce n'est pas avec ça qu'on va se soûler!» Les deux viticultrices restent toutefois optimistes. «Si cette météo se maintient, j'ai bon espoir qu'on puisse quand même utiliser une partie de ce raisin, confie Emilienne Hutin. On verra ensuite comment on peut s'adapter pour le vinifier.» En revanche, les vignes ayant réchappé au gel se portent très bien. La maturation du raisin est bien avancée grâce à la météo de cet été, qui a aussi limité l'apparition de maladies. «Le raisin sera déjà pratiquement mûr à la fin du mois d'août», prévoit Willy Cretegny. Si ça continue comme ça, les viticulteurs pourront commencer à vendanger durant la première quinzaine de septembre, avec trois semaines d'avance. Le problème, c'est que les vendanges seront plus compliquées: à cause des maturations décalées entre les vignes qui ont gelé et celles qui ont été épargnées, le travail devra se faire en plusieurs temps. Quoi qu'il en soit, tout laisse présager un raisin de qualité. «Ce sera une année excellente, assure Sophie Dugerdil, mais la quantité va manquer. C'est d'autant plus frustrant » Emilienne Hutin se veut prudente: «L'été n'est pas fini. Ce n'est qu'aux vendanges que nous pourrons tirer le bilan.» En effet, ne vendons pas la peau du raisin avant de l'avoir vendangé!

Augmenter le prix?

D'aucuns s'inquiètent pour la santé économique de la viticulture genevoise à moyen terme. Les années difficiles ont en effet tendance à s'accumuler: il y a déjà eu la grêle en 2013 et 2014, puis une récolte 2015 très faible (bien que de très bonne qualité) à cause de la sécheresse. Et enfin, le gel en 2017. Cela commence à faire beaucoup pour les vignerons. «Je pense que tôt ou tard, nous devrons nous décider à augmenter le prix de vente du vin, lâche la viticultrice Sophie Dugerdil. Le vendre un franc de plus par bouteille permettrait de compenser les mauvaises années. En plus, nous faisons beaucoup d'efforts pour développer une viticulture plus respectueuse de l'environnement, et cela représente aussi des coûts de production supplémentaires.»

 

L'essentiel

 Repousse: Contre toute attente, les vignes qui ont gelé en avril ont pu faire des repousses grâce au temps chaud de cet été. Mais le raisin y reste rare.
 Vendanges: Les vignes ayant échappé au gel sont à un stade de maturation avancé et les vendanges devraient avoir trois semaines d'avance.
 Céréales: D'autres cultures ont aussi beaucoup souffert du gel, mais les céréales moissonnées ont donné les meilleures récoltes depuis des années.