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Les techniques pour traiter la vigne sans herbicide se multiplient

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Julien Wicky
Agriculture Un processus innovant est testé dans le vignoble valaisan. Une tendance qui a le vent en poupe mais au coût élevé.

Au passage de la machine, les ceps tremblent à peine et la terre ne bouge pas. Et ce qui était une zone remplie de mauvaises herbes laisse place à une bande noire et lisse. Lundi matin, l’État du Valais testait sur son domaine viticole du Grand Brûlé, à Chamoson, une machine unique en Suisse pour traiter les vignes sans herbicides chimiques.

Cette nouvelle technologie, qui a la forme d’une petite remorque tractée entre les rangs des vignes, permet de propulser verticalement sur le sol des jets d’eau à température ambiante avec une pression de 1200 bar. De quoi détruire les racines des mauvaises herbes sur deux à quatre centimètres. Le tout, avec une consommation très faible d’eau courante. «C’est une technique neutre et efficace. C’est donc agréable et intéressant», se félicite Gérard Villettaz, remplaçant du chef de culture au Domaine du Grand Brûlé. Une avancée de plus en adéquation avec le plan d’action de la Confédération visant à la réduction des risques phytosanitaires. Mais pour les vignes, la solution miracle n’existe pas. D’abord pour des raisons de contraintes techniques. «Ce n’est pas garanti que ce système fonctionne dans des pentes raides, par exemple. D’autres engins mécaniques qui retournent la terre créeraient beaucoup de dégâts dans ce sol très caillouteux. Mais ce qui est certain, c’est que tous les vignerons veulent s’affranchir du désherbage chimique», assure Pierre-André Roduit, chef de l’Office valaisan de la viticulture.

Phase de test sur deux ans

Outre les contraintes techniques, cela coûte cher. Une étude menée par l’Association pour le développement de l’agriculture et de l’espace rural (AGRIDEA) estime ainsi que l’abandon des herbicides fait passer le coût moyen d’entretien d’un hectare de vigne de 1500 à 2400 francs. Dans le cas présent, la machine – dont deux exemplaires sont utilisés en Italie – coûte 50 000 francs, contre 2500 francs pour un vaporisateur à herbicides. «Raison pour laquelle c’est une phase de test qui durera deux ans. Nous verrons s’il y a un intérêt de la profession», ajoute Pierre-André Roduit.

D’autres vignerons préfèrent des méthodes plus artisanales, comme recourir à des moutons qui font office de désherbant naturel ou laisser cohabiter la vigne et les herbes folles. Ce qui nécessite parfois plusieurs années avant de trouver le bon équilibre. Signe de cette préoccupation écologique, les mesures ne concernent pas seulement le traitement du sol mais aussi celui des maladies du vignoble. En terre vaudoise, il n’y a ainsi plus aucun pesticide de synthèse répandu par hélicoptère dans le vignoble de Lavaux, mais uniquement des produits naturels. Le traitement par hélicoptère est d’ailleurs dans le viseur de députés valaisans, qui interpelleront le parlement cantonal ce jeudi. À leurs yeux, les distances prescrites pour l’épandage ne sont jamais respectées et cela engendre un dépassement des seuils environnementaux des pesticides.