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Les cépages anciens suisses jouent les vedettes

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David Moginier

Après avoir fait un très beau portrait du chasselas, le cinéaste Florian Burion voyage à travers la Suisse.

Florian Burion est né à Aigle, entouré de vignobles. Le diplômé de l’ECAL, assistant de Jacqueline Veuve sur six films, avait enthousiasmé les amateurs avec «Chasselas forever», un film dédié au cépage des Vaudois. Là, il sort une nouvelle cuvée avec ces «Cépages rares, un patrimoine suisse», un voyage à travers ces variétés qu’on a trop vite mis au rebut.

«Ce qu’on ne croyait plus utile, qu’on a mis à la poubelle, on s’aperçoit que c’était quand même bien de les conserver», explique le réalisateur, lui-même membre de Pro Specie Rara. Après le chasselas, il a remonté plusieurs fils de plusieurs histoires, comme celle de Stefano Haldemann, ce vigneron tessinois qui a récolté plus de 60 cépages abandonnés dans son canton pour les cultiver aujourd’hui sur 14 parcelles. Chez lui, la bondola a retrouvé de la couleur, comme la bondoletta, un de ses enfants croisé avec le completer, comme l’a prouvé José Vouillamoz, l’ampélographe qui scrute l’ADN.

Utiles à l’avenir

Marquisana, merlot gris, pantero, rèze, gouais ont des qualités qui seront utiles un jour. Parce que, comme le dit Didier Joris, qui a sauvé la diolle valaisanne avec José Vouillamoz, «peut-être qu’avec l’évolution du climat, dans cent ans, on ne cultivera que de la diolle en Valais». Pour Sarah Meylan, défenseuse du gamay genevois, «on voit que les «vieux cépages» ont déjà tout vu dans nos régions, du sec, de l’eau, du gel, et qu’ils pourront peut-être s’adapter.» «Ça ne sert à rien d’avoir un cépage qui n’est là rien que parce qu’il est ancien, avance de son côté Serge Haymoz, producteur de rèze à Sierre. Par contre, quand il fait la preuve qu’il fait encore un bon vin, c’est génial.»

L’autre avantage de ces cépages anciens, c’est qu’ils sont souvent associés à une région, qu’ils se distinguent de tout ce qui se fait ailleurs. Après la grande attaque du phylloxéra, après le passage de la viticulture familiale à une viticulture de production, des cépages plus généreux ou faciles ont conquis nos vignobles. Comme le dit Noël Eichenberger, qui veut rétablir le hitzkircher, qui porte le nom de son village, «si les gens peuvent à nouveau associer ce cépage au Seeland lucernois, ce serait merveilleux.» A Lavaux, l’association qui a sauvé le Plant Robert se bat pour sa qualité et sa reconnaissance. Ou l’entêtement de Josef Chanton, l’icône valaisanne qui cultive gouais, rèze, lafnetscha, eyholzer et plantscher à Viège. Et qui a surtout sauvé l’himbertscha de l’extinction dans les années 1970.

Les gens avant les raisins

«Ce n’est pas un film sur les vins qu’on tire de ces raisins, explique Florian Burion. C’est d’abord le portrait de passionnés qui se battent pour sauver leur patrimoine. C’était à chaque fois des rencontres assez extraordinaires, des gens généreux qu’on a eu plaisir à filmer.» Pour tourner des vendanges dans tant de régions du pays, l’équipe a sillonné la Suisse pendant cinq semaines. Le résultat se découvrira sur la RTS et lors d’une avant-première à Vevey, avant de tourner dans des manifestions à la rentrée.

 

Image: raisin du cépage Lafnetscha