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Le gratin du vin mondial se réunit ce mois à Genève

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Laurent Guiraud

Des représentants de 47 pays seront présents. Œnologue et ingénieure, la députée PLR Genevoise Simone de Montmollin en explique les enjeux.

Ingénieure spécialisée en viticulture et œnologie, Simone de Montmollin touche au but. Dans quelques jours, le 15 juillet, le Congrès mondial de la vigne et du vin s’ouvrira à Genève. La députée PLR, candidate au Conseil national, travaille depuis 2015 au succès de cette importante manifestation professionnelle.

LG: L’occasion de faire le point sur les enjeux de cette branche très particulière. C’est la troisième fois depuis 1934 et la première depuis 1977 que les professionnels mondiaux de la vigne et du vin se réunissent en Suisse. De quoi allez-vous parler?

SdM: «Préserver et innover: attentes environnementales, économiques et sociales», ce sera le thème central de notre réunion. Cinq cents participants du monde entier vont entendre, durant cinqjours environ, 350 contributions scientifiques qui s’articuleront autour de la viticulture, de l’œnologie, de la santé et de la sécurité, ainsi que de l’économie et du droit. Un des enjeux consiste à partager au niveau international les meilleures pratiques, assurant ainsi la durabilité de nos activités, la préservation de l’environnement, en les conciliant avec l’innovation scientifique.

LG: Les résolutions votées par les membres sont en général reprises dans les réglementations des pays membres. Un autre enjeu est de répondre aux questions du public: lundi 15, un débat public aura lieu sur les engrais et les pesticides. Quels sont les membres de cette organisation?

SdM: Nos membres représentent 47 pays qui regroupent 85% des surfaces dévolues à la vigne. Mais certains grands pays sont absents, comme les États-Unis, qui considèrent plus volontiers qu’un vin doit être traité comme n’importe quel produit de marque, alors que nous pensons qu’il est avant tout le produit d’une rencontre entre un plant et un terroir, qu’il a une dimension de lieu, de climat, de cépage, de mode de production et de tradition. Mais tout évolue.

LG: Même aux États-Unis, la question des appellations d’origine contrôlée commence à se poser. Quelle est la place de la Suisse face aux géants de la production mondiale, l’Italie, la France, l’Espagne?

SdM: La Suisse est très particulière. Avec un vignoble équivalent à celui de la moitié de la Bourgogne, elle a une faible production. Mais la diversité de ses six régions viticoles, de leur climat, de leurs cépages, des langues et des cultures forme un patchwork complexe qui intéresse. Les professionnels ont développé ici une palette de connaissances à la fois larges et pointues.

Le fait est que nous ne produisons qu’un tiers des vins que nous consommons, que la consommation baisse, malgré la hausse de la qualité, la diversité et des prix stables. On se demande toujours s’il sera possible à l’avenir de maintenir notre vignoble. L’enjeu pour nous est d’augmenter nos exportations, qui sont très faibles, de répondre aux enjeux liés au changement climatique et de suivre les attentes du public. Mais le vin genevois ne passe même pas la Sarine.

Traditionnellement, en Suisse alémanique, les vins romands passent loin derrière les vins tessinois et italiens. De même chez nous, les vins des Grisons sont peu présents par rapport aux vins français. Cela ne doit pas empêcher les vins genevois de monter en gamme, notamment en termes de distribution. Car à côté de vins de grande qualité, reconnus lors des concours nationaux et internationaux, Genève reste lié à un marché de «vins de pays» destinés au négoce et à la grande distribution.

LG: La Chine abrite désormais la deuxième plus grande surface mondiale de vignes. Faut-il craindre ce nouvel acteur?

SdM: Comme au Japon, la plus grande partie des surfaces est consacrée à la production de raisins de table. En revanche, la consommation de vin augmente. C’est un marqueur social et un progrès par rapport à la consommation traditionnelle de spiritueux. Mais il leur reste à s’approprier les modes de production et à trouver les cépages les plus adaptés.

LG: Le bio d’un côté, les OGM de l’autre sont des enjeux importants de la viticulture. Quelle est la position des professionnels?

SdM: Toutes les pratiques, bios ou conventionnelles, évoluent vers un objectif commun de durabilité de nos cultures. Il n’y a pas lieu d’opposer une pratique à une autre, aucune n’apportant de réponse absolue. L’approche bio, que je respecte tout à fait, répond à des attentes spécifiques qui doivent aussi être en adéquation avec le marché. En ce qui concerne les OGM, nous n’en avons pas besoin.

En revanche, nous avons besoin des biotechnologies afin d’identifier les marqueurs les plus intéressants de certains cépages qui résistent aux maladies pour les transférer à d’autres par pollinisation ou hybridation traditionnelle. Mais le développement d’un nouveau cépage dure environ quinze ans, plus pour en dompter la vinification. Le vin reste un produit artisanal.