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L'agriculture biologique sort de son traditionnel marché de niche

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Maude Bonvin

Alors que de plus en plus d'exploitations agricoles mettent la clé sous la porte, les surfaces dédiées aux cultures biologique grandissent.

Le bio gagne du terrain en Suisse. Sur 100 fermes, une seule se consacrait à cette forme d'agriculture en 1990, contre treize en 2017. Cela représente au total 6638 exploitations, selon le relevé des structures agricoles établi par l'Office fédéral de la statistique (OFS). Entre 1990 et 2017, le nombre d'exploitations agricoles, toute catégorie confondue, s'est réduit comme peau de chagrin, passant de 92.815 à 51.620. Le nombre d'entreprises conventionnelles a lui diminué de plus de moitié (de 91.919 à 44.982). Dans le même temps, celui des exploitations bio a été multiplié par sept.

Moins de main-d'oeuvre

Conséquence de la disparition des fermes, la main-d'oeuvre agricole a reculé de quelque 100.000 individus entre 1990 à 2017. Ils étaient ainsi un peu plus de 153.800 salariés à oeuvrer dans ce secteur en 2017. La part d'emplois dans les exploitations bio a elle augmenté de 1% à 13%. A noter que sur les 20.590 personnes employées dans les exploitations bio en 2017, seules 8529 d'entre elles travaillaient à plein temps. «Une exploitation bio emploie en moyenne 3,1 individus, contre 2,96 pour une exploitation conventionnelle. En plaine, l'agriculture biologique nécessite plus de main-d'oeuvre que l'agriculture conventionnelle. C'est l'inverse en région de montagne», souligne Sibylle Meyre, rédactrice du rapport de l'OFS.

Au niveau des surfaces agricoles, la part consacrée au bio est passée d'à peine 1% à plus de 14%. Les cultures biologiques couvrent désormais 151.404 hectares, ce qui correspond à la superficie du canton de Lucerne. «De manière générale, la surface moyenne a augmenté tous types d'exploitation confondus jusqu'en 2017, pour s'élever à 19,9 hectares pour les exploitations conventionnelles et à 22,8 hectares pour les exploitations biologiques», note Sibylle Meyre.

Légumineuses et chèvres en première ligne

«La part du bio dans la surface agricole totale varie selon les cultures, celles-ci ne se prêtant pas toutes de manière égale à ce mode de production en Suisse», ajoute la rédactrice du rapport. Elle est la plus importante dans les cultures de légumineuses. Les cultures maraîchères de plein champ arrivent en deuxième position. Les herbages suivent. A l'inverse, le colza, le maïs, la pomme de terre, la vigne, les céréales et les fruits sont essentiellement cultivés de manière traditionnelle (moins de 10% de bio). Enfin, la culture bio de betteraves sucrières et de tabac est quasiment inexistante. Au niveau de l'élevage, un quart des chèvres et des moutons ont été élevés de manière respectueuse de l'environnement en 2017. Pour les chevaux, le chiffre passe à 13% et à 12% pour les bovins.

La part des élevages bio est moins importante pour la volaille et les porcs (respectivement 9% et 2%). Dans les années nonante, la production respectueuse de l'environnement se concentrait essentiellement dans les régions de basse altitude. Par la suite, elle a pris de la hauteur. En 2017, la majorité des fermes bio se situaient en montagne. Sur le plan de la consommation, les ménages dépensent toujours plus pour les produits bio même si cette part reste faible. En 2016, ils y ont consacré près de 9% de leurs dépenses alimentaires. Les principales raisons invoquées par les Suisses pour l'achat de ce type de denrées sont la santé (30%), la protection de l'environnement (18%) et la qualité (12%). Le prix représente une barrière pour 32% des sondés. A cela s'ajoutent l'offre restreinte dans les magasins (2 7 %) et la conviction que les produits bio ne diffèrent en rien des autres (15%).

Pas de canaux spécifiques et marché restreint

«Avant 1990, les produits bio étaient vendus dans de petits magasins bio, des magasins de produits diététiques ou directement à la ferme. Comme il n'existait pas de canaux de distribution spécifiques, le lait bio devait dans certains villages être transformé en fromage conventionnel dans la fromagerie locale», précise Sibylle Meyre. Les grands distributeurs se sont emparés du sujet dans les années 90. Pour parvenir à de telles conclusions, l'OFS s'est basé sur le nombre d'exploitations qui respectent l'ordonnance sur l'agriculture biologique (bio fédéral). Les engrais chimiques et de synthèse ainsi que les produits phytosanitaires sont ici interdits.

LES DIRECTIVES DE BIOSUISSE SONT PLUS STRICTES QUE LES EXIGENCES MINIMALES PRÉVUES DANS L'ORDONNANCE SUR L'AGRICULTURE BIO.

En ce qui concerne l'élevage, les animaux doivent pouvoir sortir régulièrement en plein air. La stabulation entravée est, par ailleurs, prohibée. L'alimentation du bétail doit être issue de la culture biologique. L'administration de médicaments et notamment d'antibiotiques à titre préventif est enfin défendue.

Règles plus strictes

En 1981, plusieurs organisationsse sont regroupées pour former BioSuisse. La fédération a défini ses propres directives pour ce type d'agriculture et créé sa marque déposée le Bourgeon. «À l'heure actuelle, les directives de BioSuisse sont plus strictes que les exigences minimales prévues dans l'ordonnance sur l'agriculture biologique".