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La viticulture biologique gagne du terrain au niveau mondial

  • Vendredi 06 avril 2018
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Sandra Zimmerli, adaptation web: Jessica Vial
Actuellement, 7% à 8% de la production de vin mondiale est biologique. Et les vignerons suisses sont toujours plus nombreux à s'y mettre, même s'ils ne représentent encore qu'environ 5% de la profession.

Les vignerons qui produisent du vin biologique sont encore peu nombreux en Suisse. Mais la tendance est là: il existe depuis quelques années un concours national ainsi qu'un salon international des vins bio, qui a vu le jour l'automne dernier à Montreux.

Les surfaces de vigne biologique sont régulièrement développées. En 2017, elles représentaient 560 hectares, en comptant les exploitations en reconversion, sur un total de près de 15'000 hectares de vigne au niveau national.

 

Evolution de la surface de vigne biologique en Suisse

Ainsi, de 81 exploitations agricoles cultivant de la vigne biologique en 2000, le chiffre est monté à 189 en 2012 et à 230 en 2017.

Des surfaces de reconversion plus importantes sont attendues en 2018, notamment dans les cantons de Neuchâtel, de Vaud et du Valais, selon la Fédération des entreprises agricoles biologiques suisses (Bio Suisse). Dans les Grisons, un objectif de 60% d'exploitations viticoles biologiques a été fixé pour 2020.

Phénomène dans le sud de l'Europe

Actuellement, 7% à 8% de la production viticole mondiale est biologique, et on y trouve même plusieurs grands crus. Le développement est assez lent en Suisse, mais le phénomène est plus marqué dans le reste de l'Europe.

Le climat est aussi en cause: il est plus facile de passer au bio quand il fait chaud et sec, ce qui explique qu'en 2015, 88% du vignoble biologique de l'Union européenne était localisé en Espagne, en Italie et en France.
 

Vignobles bio des principaux pays producteurs de l'UE

"Il y a une impasse climatique, certes, qui est plus exigeante en climat océanique, où vous avez parfois des orages, des douches, de l'humectation. Mais tout est possible, c'est une question de volonté" et de gestion de la technique, estime Dominique Lévite, conseiller et chercheur en viticulture biologique à l'Institut de recherche pour l'agriculture biologique à Frick, dans le canton d'Argovie.

Une affaire d'image?

La tendance bio est-elle valable pour le monde entier? Pour Alexandre Trüffer, rédacteur en chef adjoint du magazine Vinum, le fait de faire du vin bio est une question d'image. "Je pense que 10% des vins sont bio, mais 90% des articles et des émissions sur le vin sont consacrés d'une certaine manière au bio. Et il y a une grande demande pour des produits bio, notamment dans le nord de l'Europe. On évolue en fonction des consommateurs", explique-t-il.

Il précise que les grandes entreprises productrices au Chili ou en Argentine - des pays qui consomment en revanche relativement peu de leur propre production - se penchent aussi sur le bio pour satisfaire cette demande.

 

En savoir plus

 

Un avenir "tout bio"? 

A Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, 60% des domaines viticoles sont actuellement dans une démarche environnementale (pas forcément le label bio), soit pratiquement le double d'il y a 4 ans. Il s'agit d'un exemple parmi de nombreux autres, qui laissent entrevoir un avenir tourné vers le bio. 

"Ce n'est pas une bulle qui va éclater. C'est une agriculture assez sincère (...). Le risque phytosanitaire est nul, ça touche les gens. Ce n'est pas de l'émotion, c'est de la réalité", estime le conseiller en agriculture bio Dominique Lévite. 

Le rédacteur en chef de Vinum, Alexandre Trüffer, lui, est plus nuancé: "pour 90% des consommateurs de vin, le seul et unique critère qui compte, c'est le prix". Selon lui, la consommation de vin bio pourrait toucher "10 à 12% de la population, mais on va tomber sur un plafond de verre". "Même s'il est de bon ton de dire que dans cinq ans tout le monde travaillera sans produit de synthèse, moi je n'y crois pas du tout", tranche-t-il. 

Par ailleurs, certains spécialistes misent plutôt sur la création de cépages résistants, qu'il n'y a pas besoin de traiter.

 

Le "goût" du vin bio

"Il y a 5-10 ans, le standard n'était pas à niveau. Mais maintenant, il y a une masse critique bio importante, il y a beaucoup plus de conseillers... Il y a autant de fautes de vinification sur du bio que sur du non bio", estime Dominique Lévite. 

Alexandre Trüffer lui est catégorique: on ne remarque pas que l'on boit un vin bio. "Travailler en bio implique qu'il y a peut être un peu plus d'acidité dans le vin. Mais produire du vin passe par tout un tas de transformations, faites par un être humain qui a plus ou moins de talent, d'expérience, de maîtrise... parfois même de chance", estime-t-il.