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La vendange 2018 a bien donné et le vin sera bon

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Par Christian Bernet

Après une récolte 2017 maigrichonne, celle de 2018 a retrouvé quantité et qualité. Mais la profession fait grise mine.

Les caves sont pleines, bien pleines. La vendange 2018 s’est montrée généreuse, elle a fourni un peu plus de 100 000hectolitres de raisin. C’est légèrement supérieur à la moyenne de ces quinze dernières années, comme le relève le «Contrôle officiel de la vendange» qui, comme chaque année, fait le point sur la récolte. Les vins d’appellation d’origine contrôlée (AOC) représentent les deux tiers de l’encavage.

Cette bonne production met du baume au cœur des vignerons. Car l’année précédente avait très peu donné, en raison d’un coup de gel qui avait décimé une partie du vignoble. Les conditions météo en 2018 ont contribué à une plus grande générosité.

«Mais ce n’est pas la quantité que nous recherchons», nuance d’emblée Guy Ramu, vice-président des vignerons-encaveurs. Le producteur d’Essertines (commune de Dardagny) se réjouit plutôt de la qualité fournie. «L’état sanitaire était parfait. Il n’y a pas eu de maladie et la pulpe a ainsi pu donner tout son parfum. Le niveau de sucre était aussi élevé, il a donc fallu vendanger au bon moment pour maintenir un bon équilibre. Nous sommes très satisfaits du résultat.» Le Contrôle relève d’ailleurs la bonne teneur en degrés Œchslé, «qui dépasse significativement les exigences fédérales pour les vins AOC».

Moins de la moitié du vignoble est dévolue aux vins blancs (42,5%). Dans cette catégorie, le Chasselas reste toujours le cépage le plus répandu, même si son encépagement s’est fortement réduit. Sa part dans les blancs est passée de 55% à 47% en onze ans.

Guy Ramu pense toutefois qu’il a fini de décliner. «Certains vignerons en replantent même. Le Chasselas reste incontournable, c’est un vin de soif, gouleyant, toujours très apprécié pour la fondue, la raclette et les apéros entre amis.»

Le Chasselas est d’ailleurs le cépage qui offre le meilleur rendement dans le terroir genevois. Un m2 de vigne suffit pour en produire un litre, alors qu’il faut deux fois plus de surface pour la plupart des autres blancs. C’est la raison pour laquelle ce cépage représente, à la sortie de la cave, 30% de tous les vins.

Forte percée du Divico

Dans les rouges, c’est l’autre grand classique du vignoble, le Gamay, qui continue de dégringoler. Sa part dans l’encépagement est passée de 52% à 42% en onze ans. «Lui aussi reprend ses lettres de noblesse, assure Guy Ramu. Mais avec moins de réussite. Car, contrairement au Chasselas, c’est à table que le Gamay doit s’imposer, là où la concurrence d’autres variétés est plus forte.»

Parmi les spécialités rouges, deux d’entre elles ont particulièrement le vent en poupe: le Merlot, dont la surface a gagné 5%, et surtout le Divico, avec une hausse de 18%. Cette nouvelle variété, mise sur le marché en 2013, est déjà plantée sur une douzaine d’hectares. Elle présente l’avantage d’offrir un fort potentiel gustatif tout en résistant bien aux maladies. «On évite ainsi deux tiers des traitements», assure Guy Ramu.

Grise mine

Si le millésime s’annonce bon, la profession fait tout de même grise mine. «Les caves sont pleines», entend-on souvent dans le vignoble. La faute à une demande insuffisante de la part de la grande distribution. «Celle-ci préfère s’approvisionner à l’étranger, regrette Didier Fischer, président de la Cave de Genève. Les vins y sont moins chers à la production et ils profitent de larges subventions à l’exportation. Les marges sont donc beaucoup plus importantes.»

Les vins suisses, et notamment genevois, pâtissent aussi d’une production moins régulière en termes de quantité. Une faible récolte et les distributeurs prennent vite l’habitude d’acheter à l’étranger. Difficile après de les faire revenir. Le vin suisse devient alors une variable d’ajustement.

«La situation n’est pas dramatique, mais elle est tendue, constate Didier Fischer. Elle nous force à être plus agressifs commercialement.» La Cave se réjouit d’avoir décroché un joli contrat avec Elvetino, fournisseur des trains CFF.