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La diolle, un cépage ressuscité, est en pleine forme

  • Vendredi 06 septembre 2019
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David Moginier

Il ne restait que deux ceps de Diolle, ce cépage valaisan oublié. La première cuvée est enfin sortie de cave.

C’était l’autre jour, chez Didier Joris, à Chamoson. Une vingtaine de privilégiés étaient invités à déguster la première cuvée commercialisée de diolle, un ancien cépage blanc valaisan sauvé par miracle, dans une de ces histoires comme celle du Plant Robert ou du servagnin de Morges. Le dépositaire du patrimoine, c’était Germain Héritier, à Savièse, dont un mur de pierres sèches abritait depuis des décennies deux ceps inconnus. En 2005, le vigneron appelle José Vouillamoz, l’ampélographe spécialiste de l’ADN des cépages, celui-là même qui a prouvé que le chasselas était lémanique. Après analyse, puis recherche dans les vieux grimoires, le biologiste découvre qu’il s’agit de la diolle, née sur la colline de Diolly, fille de la rèze et d’un père inconnu. On fête ça avec une demi-bouteille issue des deux ceps, et l’Agroscope de Changins se charge de la conservation de cette vigne autochtone.

En 2012, le vigneron et œnologue Didier Joris propose une vigne de 300 m2 à José Vouillamoz, qui choisit, évidemment, d’y planter de la diolle, multipliée par un ami pépiniériste et grâce à l’autorisation de l’Office de la viticulture. Première année, et premier échec en 2013 avec un porte-greffe qui rejette son nouvel hôte. Les deux amis récoltent… une grappe, qu’ils vinifient et dont ils dégustent les 2 dl produits. Ils sont conquis par la fraîcheur du vin, cette acidité élégante. «À l’heure du réchauffement climatique, nous avons besoin de vins qui ne deviennent pas trop riches, trop lourds», explique l’œnologue.

Cuvée ultralimitée

Ils replantent donc avec un nouveau porte-greffe en 2015 et récoltent en 2017 huit kilos de cette précieuse diolle qui les séduit toujours plus. En 2018, la première véritable vendange a donné 144 bouteilles selon la vinification voulue par le propriétaire: pas de levurage, élevage sans bois (en dame-jeanne pour cette fois) et embouteillage sans bouchon de liège (c’est de la capsule). Cette cuvée ultralimitée et numérotée a donc un prix sérieux, 110 fr. la bouteille. Et il n’en reste déjà quasi plus.

Marie-Thérèse Chappaz, présente à la dégustation, parle d’un «coup de cœur», avec des arômes de citron, de poire, une bouche charnue et une sensation tannique. Caroline Frey, l’œnologue du Château La Lagune ou de Paul Jaboulet, apprécie cette fraîcheur, comme Pierre-André Roduit, chef de l’Office de la viticulture, pour qui «cette acidité va jouer en sa faveur avec les augmentations de température. On aura des vins frais et vifs.» Autour de la table, on parle d’agrumes, d’orange, de mandarine, de fleurs blanches, d’épices, de poivre blanc, de résine de mélèze. La bouche a un joli gras qui enrobe la fraîcheur, et une longueur appréciable.

«À l’heure où on développe de nouveaux cépages dans les laboratoires, il est aussi intéressant de se pencher sur ceux qui étaient adaptés à notre climat au cours de l’histoire, avance José Vouillamoz. On va continuer à développer notre bébé. D’ailleurs, on en a replanté avec un total de 566 m2, soit la plus grande vigne de diolle du monde.»

Dans l’AOC?

Ce cépage tardif (deux semaines après le chasselas) «aurait toute sa place dans l’AOC Valais, ce serait logique.» Didier Joris rêve de l’élever sous bois, mais le propriétaire unique tonne avec un grand sourire: «Moi vivant, jamais!» Il veut lui conserver la pureté cristalline de ce vin de patrimoine.