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Grand Prix du Vin Suisse 2019

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Hervé Lalau

Le Grand prix du vin suisse est organisé chaque année par l’Association Vinea, ce prix se déroule en deux phases: la sélection proprement dite, effectuée par plusieurs jurys suisses, et une re-dégustation par un jury international unique, qui garantit que tous les vins primés ont bien été dégustés selon les mêmes critères, par les mêmes jurés, lissant ainsi les disparités de notation.

Un jury composé de dégustateurs internationaux

J’ai eu la chance de faire partie de ce jury international, réuni à Sierre, ces deux derniers jours, où j’ai retrouvé quelques amis, comme Alexandre Truffer, Thomas Vaterlaus et Pierre Thomas, mes confrères suisses, ou encore Emeline Zufferey, oenologue franco-suisse, sans oublier Ralf Anselmann, vigneron du Palatinat.

Je peux vraiment parler de chance, car avec des vins présélectionnés, la plupart du temps, il s’agissait choisir entre des vins qu’on aime (au moins un peu), et non d’élire par défaut le moins mauvais.

En l’occurrence, le jury a dû choisir ses trois préférés parmi des séries homogènes de 5 à 8 vins. Des séries classées par cépage ou type d’assemblages, à savoir: Chasselas, Müller-Thurgau, autres cépages blancs purs et autres assemblages blancs pour les vins blancs; Pinot Noir, Gamay, Gamaret-Garanoir-Mara, autres cépages rouges purs et autres assemblages de rouges.

Le tout, à l’aveugle (sauf la mention du millésime), un exercice passionnant, car très éducatif.

J’ai ainsi été surpris, mais aussi très satisfait de mettre dans mon tiercé un excellent Cornalin, robuste et caressant comme un Saint-Bernard; et puis un Kerner, dont je crois bien que c’est la première fois de ma vie que j’en dégustais: quelle finesse! Et encore, une Humagne Blanche, certes plus opulente – mais comme il n’y a pas qu’un style de vin, il n’y a pas qu’une seule raison de l’apprécier.

C’est d’ailleurs là la seule petite frustration de ce genre d’exercice; à plusieurs reprises, les choix étaient cornéliens. J’aurais voulu primer plusieurs vins. C’était un peu comme de devoir dire si l’on préfère les vacances à la neige ou au soleil. Bourvil ou De Funès. Cela dépend. Mais bon, il a fallu trancher. La somme des notes des différents jurés permettait heureusement de contourner ces doutes.

Quoi qu’il en soit, après la dégustation, une fois les classements établis, François Murisier, notre président, a fait un rapide tour de table de nos impressions. Comme mes confrères, j’ai dit que j’avais trouvé le niveau très bon; je suis certain que pas mal de ces vins auraient été médaillés dans des concours internationaux (d’ailleurs, je sortais du Concours Mondial des Pinots, j’avais donc matière à comparer).

Cépages suisses et internationaux

Depuis assez longtemps, d’ailleurs, je pense que la Suisse allie le meilleur de deux mondes: d’une part, elle a su préserver ses spécificités locales; mais elle a aussi acquis un niveau de maîtrise qui lui permet de produire des vins qui conviennent aux palais étrangers; des vins techniquement irréprochables, aussi bien en cépages locaux qu’internationaux. Peut-être parce qu’au pays des 26 cantons, l’exigence de rigueur n’exclue ni les particularismes, ni une certaine dose de fantaisie. Ce que nous avons pu vérifier dans l’organisation de ce concours, aussi précise qu’un coucou… suisse, mais d’une grande convivialité.

Dommage qu’il soit si difficile de trouver les vins suisses hors de la Confédération, mais c’est un autre problème.

A la toute fin, j’ai quand même posé la question de la provenance des vins gagnants (car nous n’aurons leurs noms que dans quelques jours). Je voulais savoir si les Suisses du jury avaient pu identifier les origines des vins (je parle de ceux où celles-ci n’étaient pas évidente, comme pour la Petite Arvine valaisanne).

Paolo Basso, le Meilleur Sommelier du Monde, qui participait lui aussi à cette re-dégustation (vous voyez que je côtoie du beau monde) m’a renvoyé dans les cordes en soulignant que ma question était très franco-française. Et il a précisé qu’en Suisse, ce n’était pas comme dans l’Hexagone, où certaines régions ont un quasi-monopole sur certains cépages; et où l’on passe souvent plus de temps à parler des crus et des climats qu’à parler de la qualité intrinsèque du vin; et où, malgré toute l’emphase mise sur les appellations, notamment les plus exclusives, on était bien en peine de les reconnaître à l’aveugle.

Effectuant un rapide repli stratégique, j’ai donc remballé ma question et je me suis dirigé vers la gare de Sierre, où m’attendait mon train des CFF (à l’heure, comme il se doit) et une contrôleuse efficace mais souriante.

Quand on dit que les voyages forment la jeunesse…

 

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A propos de l'auteur

Hervé Lalau est un journaliste français travaillant pour divers magazines et sites francophones (In Vino Veritas, Médisphère/Oenosphère…). Il tient aussi un blog personnel, Chroniques Vineuses, Wine Blog Trophy 2010. Il a participé à la rédaction de l’édition 2016 du Grand Larousse du Vin.