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En Valais la grêle a pulvérisé les raisins

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Romain Carrupt
Au moins 140 ha de parcelles valaisannes ont été touchées. Au printemps, le vignoble avait déjà souffert du gel.

«Certaines grappes sont presque entièrement détruites. Des vignes n’ont plus aucune feuille. Parfois, même les sarments ont été attaqués.» Viticulteur dans le Valais central, Eric Germanier ne se souvient pas d’un épisode de grêle aussi violent que celui de ce mardi 1er août.

Vers 17 h 15, le ciel s’est froidement abattu sur la partie haute des coteaux du Valais central. Un peu à Sion, Sierre et Chermignon, mais surtout à Conthey et Savièse, respectivement troisième et cinquième plus grandes communes viticoles du canton. «A Conthey, je dirais que cent hectares sont touchés, mais pas détruits. A Savièse, quarante, estime Guy Liand, propriétaire de vignes dans les deux villages. La grêle n’est pas inhabituelle dans la région, mais au point de pulvériser au sol des raisins… Je n’avais jamais vu cela.»

Le président du syndicat des vignerons de Conthey, Emmanuel Chassot, évoque aussi une centaine d’hectares touchés par la grêle dans les deux vignobles. «Dans une trentaine d’entre eux, les vignes sont détruites.»

Il y a pire que les pertes

L’Etat du Valais n’est pas encore en mesure de confirmer ces chiffres. «La priorité pour nous n’est pas de quantifier la catastrophe, mais de s’assurer que les vignerons concernés traitent leurs vignes comme s’il n’y avait pas de dégât», insiste Pierre-André Roduit, chef de l’Office de la viticulture.

Car aussi étonnant que cela puisse paraître, la perte de récolte – qui ne fait aucun doute dans la corporation – n’est pas ce que craignent le plus les professionnels. Le spectre de la pourriture les inquiète davantage. «Plutôt que de «seulement» condamner des graines en les faisant sécher, la pourriture peut se propager aux raisins sains», décrypte Roman Ziegler, chef de culture du domaine Bonvin à Sion. Et ce particulièrement en cette période. «Les baies qui se gorgent de jus, comme c’est le cas actuellement, sont plus fragiles que les petites graines vertes bien dures des dernières semaines. Les peaux fissurées laissent s’échapper le sucre dont sont friands les insectes. Après leur passage, la pourriture se développe», décrypte-t-il.

«C’est pourquoi il est impératif de cicatriser ces blessures, complète la viticultrice Christine Kleinert. Pour ce faire, je suis en train d’asperger mes parcelles de cuivre. A un mois des vendanges, il est un peu tard pour utiliser de l’antipourriture, qui imprègne le raisin.»

Les dégâts pourraient aussi se répercuter sur le millésime 2018. «Vu la violence de l’orage et l’ampleur des ravages, il nous est permis de penser qu’un certain nombre de sarments ont été attaqués. Or, de ces branches de la vigne dépendent les futures grappes», craint le viticulteur Stéphane Dessimoz.

Peu d’assurés

En Valais, 270 professionnels sont assurés contre la grêle, toutes cultures confondues. Dans le canton de Vaud, ils sont 5400 et à Genève 700, selon les chiffres de l’assureur Suisse grêle.

Le coût des polices freine de nombreux viticulteurs, qui le jugent disproportionné par rapport à la probabilité de voir le fruit de leur travail anéanti. La même réticence vaut pour les couvertures contre le gel.

En Valais, cet orage dévastateur s’ajoute à la gelée noire d’avril dernier, qui a fortement endommagé plus de 2000 hectares de vignes (sur 5000) et deux tiers des abricotiers en coteaux, selon des projections de l’Office valaisan de la viticulture. De Martigny à Brigue, certains vignerons ont perdu 90% de leur production habituelle. Les pertes globales sont estimées à 100 millions de francs. «Chaque année, on subit des pertes de récolte à cause de la coulure, d’un insecte, d’un champignon ou d’un peu de grêle. Mais jamais dans de telles proportions», se désole Guy Liand. Le gel et la grêle ont détruit cette fois la moitié de ses six hectares de vignes.

Les exploitations en difficulté peuvent solliciter l’une des aides financières mises en place par le Canton ou, à titre exceptionnel, par le Fonds suisse de secours pour dommages non assurables.