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Divinum dope l'attrait du cépage roi des Vaudois

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Julien Lambert
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Vignoble Le salon qui ouvre mercredi est un rendez-vous majeur pour les vignerons: il assure le succès du chasselas.

Si les Français ont leur beaujolais nouveau en novembre, les Vaudois attendent avril et le salon des vins Divinum – qui ouvre ses portes mercredi à Morges – pour lever le voile sur le dernier millésime des chasselas. Le moment est très attendu par de nombreux consommateurs, mais plus encore par les vignerons, qui ont besoin d’une telle vitrine pour doper les ventes du «cépage roi» à une période d’ordinaire creuse pour la profession. «De nombreux visiteurs viennent faire leur tournée du nouveau millésime, qui est proposé en avant-première lors de ce salon», constate Chantal Chambaz, vice-présidente des Vins de Morges et vigneronne au domaine Les Tilleuls, à Monnaz. «Quand on propose une cuvée plus ancienne, on sent bien que les gens veulent surtout déguster le petit dernier.»

Des chiffres peuvent témoigner de cette attente. «Alors que nous cultivons environ 65% de cépages rouges, le chasselas représente deux tiers de nos ventes lors de Divinum, constate Jean-François Crausaz, maître caviste pour la maison Bolle, à Vufflens-le-Château. Autant dire que ce rendez-vous d’avril est primordial pour bien lancer la saison du blanc. Maintenant, on aimerait que le canton soit également reconnu pour ses vins rouges, qui sont excellents. Mais la concurrence est plus forte.»

Ce lien fort qui lie le chasselas et les Vaudois, les Vins de Morges l’entretiennent lors du salon. Depuis plus de vingt-cinq ans, l’association de promotion organise une dégustation à laquelle presque tous les vignerons prennent part. Cette année, 55 vins ont ainsi été soumis à un jury chargé d’en retenir six qui seront présentés lors de Divinum et dont le champion sera désigné par les visiteurs sur le stand du journal local. Une compétition teintée de fair-play entre vignerons qui ne dit pas tout – certains vins n’étant pas encore forcément à leur apogée à ce moment – mais qui confirme les promesses du millésime 2018. «Malgré des raisins très mûrs, nous avons des chasselas fruités, aériens, élégants et joyeux qui correspondent parfaitement à ce que l’on peut en attendre», détaille Jean-François Crausaz.

Numéro un des ventes

Le chasselas recouvre aujourd’hui encore 60% du vignoble vaudois, soit plus de neuf bouteilles de blanc sur dix. Autant dire qu’il reste le roi incontesté dans le canton, son dauphin, le pinot noir, ne représentant «que» 13%. Et même si certains vignerons ont arraché ces dernières années plusieurs hectares de ce vin blanc (– 15% en vingt-cinq ans) au profit de «spécialités» comme le doral ou le merlot, le cépage reste bien ancré dans la tradition. «L’engouement s’est renforcé ces cinq dernières années, estime même Jean-François Crausaz. Il redevient incontournable et on sent un intérêt grandissant autour de lui. Il faut dire que c’est une véritable éponge à terroir et qu’il peut, dans une même région, proposer une richesse incroyable. Et puis les spécialités blanches n’ont jamais vraiment pris leur essor.»

Autant dire que le chasselas est essentiel pour les vignerons vaudois. «Il est toujours notre emblème, la référence de nos caves, constate Chantal Chambaz. Et il faut bien admettre qu’il est beaucoup plus facile de vendre une bouteille de ce cépage qu’un vin rouge.»

Si certains se sont lancés dans des chasselas haut de gamme, son prix moyen plutôt bas reste évidemment un argument de taille pour le consommateur. «C’est notre vin phare, précise l’œnologue de la Cave de la Côte, Rodrigo Banto. Il représente 60% de notre production, avec toute une variété de terroirs et de vinifications. Même si c’est un vin de partage, convivial et facile à boire, il a ses lettres de noblesse. C’est un cépage délicat, qu’il faut respecter et dont il faut prendre soin.»