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Coup de jeune sans précédent aux Caves ouvertes

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Texte: Erwan Le Bec, photos: Philippe Maeder
La 6e édition de la manifestation phare des vins vaudois séduit un public toujours plus jeune, qui ne déguste pas à la légère.

Ni la bise ni l’affaire Giroud, le 0,5‰ ou l’agenda du week-end n’ont eu raison de la 6e édition des Caves ouvertes. Sur tout le canton, de Vallamand à Lavey, en passant par Cully et Commugny, plus de 300 producteurs ont ouvert leurs caves à quelque 89'000 curieux. «C’est un record, 10% de plus que l’an dernier, se réjouit Nicolas Joss, directeur de l’Office des vins vaudois (OVV). La fréquentation a été uniforme. C’est plus que réjouissant, les Caves ouvertes font désormais partie du panorama des manifestations du canton.»

Ce d’autant plus que la manifestation touche un public de plus en plus jeune. «La moyenne d’âge a chuté en deux ans, c’est impressionnant, relève Simon Vogel, vigneron à Grandvaux et fidèle des Caves ouvertes. Avant, on ne touchait finalement que notre clientèle habituelle.» Il laisse un instant son verre de chasselas et indique la terrasse pleine à craquer.

Malgré le vent, jeunes branchés, étudiants, couples avec poussettes et bouteilles s’encanaillent avec les retraités locaux. Chacun à sa table toutefois. «On est venu découvrir les vins d’ici, qu’on connaît finalement peu, témoigne Nadia Sah­raoui, étudiante à la HEP. Et le concept est sympathique.»

Clients de demain

Si la profession est ravie d’approcher «les clients de demain», la chose n’est pas gagnée pour autant. On déguste beaucoup, mais on achète rarement, ou pas. «Alors que quand j’ai commencé, les gens remplissaient de bouteilles la voiture et le coffre à skis», se souvient Simon Vogel. Avec sa sœur, Maude, ils viennent de reprendre le domaine. Pour beaucoup de jeunes producteurs, la manifestation est devenue une vitrine incontournable, où on est valorisé à la même enseigne que les encaveurs établis, souligne l’OVV.

«Les habitudes se sont inversées, enchaîne le vigneron. Les jeunes veulent en savoir plus sur la vinification, la garde ou l’accompagnement des mets. Ils veulent de la qualité et de la diversité. C’est à nous de créer un lien avec eux.» Même son de cloche au pied de l’église de Saint-Saphorin. Là, touristes trentenaires, expatriés anglophones et alémaniques trinquent sans trop vouloir en savoir plus sur le cépage. «Ici, il y a moins de pression que dans une dégustation, on ne se sent pas obligé d’acheter», enchaîne Antonin Meuli, étudiant infirmier à Lausanne.

«C’est plus la découverte des vins d’ici et des vins en général que des ventes, résume Gérald Vallélian, du Domaine des Faverges. Après, espérons que les gens se souviendront de nous.»

 

Amateurs en herbe

C’est à l’ombre d’un tilleul plus que trois fois centenaire, aux notes de l’orchestre Riviera Jazz Connection et du clapotis d’une fontaine, que les amateurs de bons vins avaient rendez-vous à Aigle ce week-end, accueillis par Marc Taverney, le régisseur de la Propriété Veillon. 

C’est là aussi que le directeur de l’Association touristique Aigle-Leysin-col des Mosses, Pierre-Alain Morard, a rempli son premier verre d’un Clos de la Cure 2014, un chasselas uniquement cultivé avec des produits naturels comme notamment l’ortie en guise de fortifiant, la sauge comme antifongique et le pissenlit pour apporter un peu de fraîcheur en été. 

Mais à la Propriété Veillon, on n’accueillait pas que les adultes. «Cette année, nous avons pensé aux enfants qui accompagnent leurs parents avec une dégustation de jus de raisin», explique Marc Taverney. Au programme: découverte d’un jus au tonneau et d’un autre, coupé à l’eau, servi en bouteille. «L’idée est de leur demander s’ils voient une différence entre les deux. Ils préfèrent souvent celui en bouteille, car il est moins sucré.» Une initiative pour leur apprendre à lever le coude? «Pas du tout! D’ailleurs, c’est ma fille de 6 ans qui les attend pour cette animation.» 

Son fils avait, lui, une autre mission: accueillir et conseiller les touristes anglais. Il n’en reste pas moins que les dégustateurs suisses alémaniques étaient, eux aussi, bien représentés, et Pierre-Alain Morard s’en est réjoui.