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Quand les vignerons cultivaient leur jardin

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Texte: Cécile Collet, image: Patricia von Ah | Swiss Wine Promotion

Imaginez l’horreur: les terrasses viticoles patrimoine de l’humanité, stars des cartes postales, exemple de soumission de la nature par l’homme, avec des trous. Un jardin par-ci, un petit pré par-là. De quoi créer une discontinuité dans cette perfection paysagère. Le Canton ne s’y est pas trompé: dans son nouveau plan d’affectation Lavaux, il veut inscrire l’obligation de cultiver en vigne tout le périmètre protégé. Pour le paysage. Mais aussi pour pérenniser sur le papier l’activité économique vitivinicole.

Au moment où les stocks de vins font déborder les caves vaudoises, où de jeunes vigneronnes et vignerons se questionnent sur l’opportunité d’embrasser vraiment la carrière de leur père, où les exploitants se concentrent sur les hectares en propriété, sur la qualité plutôt que la quantité, sur la bouteille plutôt que le vrac, pourtant, l’obligation de cultiver –même si elle ne concerne que Lavaux– semble obsolète.

Si l’on veut que des vignes qui ne font que coûter continuent d’être entretenues, il faudra que quelqu’un supporte ces coûts. Les vignerons? Pas dans un contexte vitivinicole sinistré. Les propriétaires? Cela s’est déjà vu par le passé; certains pourront se le permettre, d’autres pas. L’État? Le choix de subventionner davantage la viticulture, comme l’agriculture, ne plaît pas à tout le monde, pas même aux farouches indépendants que sont les vignerons.

Ne faut-il pas, alors, simplement accepter que «l’horreur» décrite en introduction n’en est pas une? Que si certaines vignes autour des maisons de maître de La Côte deviennent des jardins, que si certaines parcelles de Lavaux se muent en vergers, que si de petits prés s’invitent dans le vignoble des Côtes-de-l’Orbe, ce n’est pas si grave? Aux abords des anciennes caves cisterciennes du Dézaley, on devine sur le cadastre les traces d’anciens prés, où quelques vaches paissaient sous les pommiers et où les moines cultivaient leur potager.

Alors que la consommation de vin en Suisse continue gentiment de baisser, la «sélection naturelle» de parcelles dont parle François Montet, président des vignerons vaudois, semble inéluctable. Elle ne signifie pas forcément une sélection naturelle des vignerons.